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Rarement un joueur aura autant divisé que Matthieu Jalibert. Homme du match lors de la demi-finale face au Stade Toulousain, le maestro bordelais a une nouvelle fois brillé sous le maillot girondin . Encore une prestation XXL, qui ne fait qu’alimenter le débat autour d’un joueur aussi génial qu’incompris : éclatant, imprévisible, parfois déroutant… depuis ses premiers pas en professionnel, l’ouvreur de l’UBB cristallise autant d’admiration que de critiques. Récit d’une énigme nommée Jalib’.

Rarement un joueur aura autant divisé que Matthieu Jalibert. Homme du match lors de la demi-finale face au Stade Toulousain, le maestro bordelais a une nouvelle fois brillé sous le maillot girondin. Encore une prestation XXL, qui ne fait qu’alimenter le débat autour d’un joueur aussi génial qu’incompris : éclatant, imprévisible, parfois déroutant… depuis ses premiers pas en professionnel, l’ouvreur de l’UBB cristallise autant d’admiration que de critiques. Récit d’une énigme nommée Jalib’.
“Aujourd’hui, c’était un jour où beaucoup de choses nous ont réussi”. C’est un numéro 10 de l'Union Bordeaux-Bègles forcément satisfait de sa prestation qui s’est présenté à la presse après la victoire historique en Champions Cup, il y a 10 jours. Et il peut l’être. Électrique, comme à son habitude, l’international tricolore a délivré une copie quasi parfaite sur la pelouse du Matmut Atlantique, inspiré et inspirant lors du succès face à Toulouse.
Auteur de coups d’éclair et gestes de génie, notamment pour l’essai de Pete Samu dès la troisième minute de jeu, Matthieu Jalibert a brillé de mille feux le 4 mai dernier. Une performance à la hauteur de l’événement, peut-être même le match référence de sa carrière au plus haut niveau. 85 mètres parcourus, 7 courses, 3 défenseurs battus… comment un seul et même homme peut-il être à ce point décisif en club et autant critiqué lorsqu’il enfile le maillot de la sélection ?
Une histoire en bleu contrastée
Décisif face à l’ogre toulousain, comme souvent avec son club, le Francilien de naissance a en effet rappelé à tous ses détracteurs l’étendue de son talent. Et ils sont nombreux. Cible d’un déferlement médiatique consternant cet hiver, l’ouvreur des Bleus a vu sa côte de popularité dégringoler auprès des supporters, tout comme avec son sélectionneur. Si Fabien Galthié et le principal intéressé nient pourtant toute fracture, le métronome girondin s’est vu relégué à la quatrième position dans la hiérarchie des numéros 10 tricolores. Une pilule difficile à avaler pour celui qui enchante Chaban-Delmas depuis 2017.
Étincelant pendant le Mondial en 2023, alors que Romain Ntamack souffrait encore d’une rupture des ligaments croisés, Jalibert a depuis peu à peu perdu sa place au sein du groupe France, désormais derrière un certain Thomas Ramos, arrière de formation. Mais comment expliquer ce fulgurant déclin ? C’est sans doute une histoire de style… Celui d’un joueur instinctif, électrique, capable de changer le cours d’un match, mais qui refuse de rentrer dans les normes du rugby international.
“Avant le match, on s’était dit que si on devait mourir, on allait mourir avec nos armes et nos idées de rugby”, voilà comment le jeune joueur de 26 ans a analysé le succès majuscule des siens. Une citation qui en dit long sur sa philosophie de jeu bien trempée. “On voulait se faire plaisir, jouer libéré. Pas forcément être trop pris sous la pression, à faire un jeu de dépossession qui n'est pas forcément ce qu'on aime. On voulait tenir le ballon, tenter des choses”. Toujours fidèle à ce jeu de mouvement, devenu la marque de fabrique des vice-champions de France ces dernières années, Matthieu Jalibert c’est avant tout une philosophie, celle d’un Maverick qui pourrait bien lui porter préjudice sous le maillot frappé du Coq.
Des faiblesses défensives
Jonny Wilkinson, Dan Carter, Handré Pollard ou encore Johnny Sexton… On dit souvent qu’il n’y a pas de grande équipe sans un grand numéro 10, un statut que le Bordelais n’a toujours pas su endosser sur la scène internationale. Souvent pointé du doigt pour ses lacunes défensives, à l’image d’un Sam Prendergast recalé par les Lions, Jalibert ne coche pas encore toutes les cases du demi d’ouverture modèle : celui qui mène la partition des siens avec brio et ne montre aucun signe de faiblesse.
Loin d’être redouté pour ses qualités de défenseur, le Girondin n’a pas failli à sa réputation lors du dernier Tournoi des Six Nations, avec cinq plaquages manqués face à l’Angleterre. Lui qui est alors devenu la véritable tête de turc de toute une sélection. Victime de la fâcheuse comparaison avec Romain Ntamack, souvent impérial dans l'organisation défensive des Bleus, le Bordelais continue donc de payer son style tout en prises d’initiatives et en risques calculés. Là où le Toulousain rassure par sa gestion, l’homme de l’UBB intrigue, déstabilise parfois. Un tempérament de feu qui séduit Bordeaux, mais qui peine encore à convaincre à Marcoussis.
Alors, Matthieu Jalibert est-il simplement incompris ? Ou incarne-t-il un rugby que le XV de France n’est pas encore prêt à embrasser pleinement ? Une chose est sûre : son talent, lui, ne fait plus débat. Et à 26 ans, le « magicien de Chaban » pourrait bien écrire la plus belle page de sa carrière lors de la finale de Champions Cup face à Northampton… et se hisser pour la première fois sur le toit de l’Europe.

